La friction salutaire : pourquoi j'ai désarmé mon numérique

En traînant sur des blogs un peu obscurs du web indépendant, je suis tombé sur des mecs comme SebSauvage ou Ploum (le type derrière Offpunk). Au début je regardais ça de loin, et puis en fait ça m’a mis une vraie claque. En gros, ils posent un truc tout bête : et si, pour sauver notre cerveau, il fallait juste réapprendre à utiliser un web moche, textuel et hors-ligne ?

C’est exactement l’esprit de la slow tech : une approche de l’informatique qui refuse la course aveugle à la nouveauté, combat l’obésiciel et privilégie des outils sobres, réparables et pensés pour durer. L’idée n’est pas de rejeter la technologie, mais de ralentir délibérément le rythme pour choisir des systèmes qui nous servent au lieu de nous asservir.

En lisant ça, je me suis pas mal reconnu. En tant qu’étudiant en école d’ingé, j’avais ce dégoût qui montait en sourdine depuis des mois. On passe nos journées sur des interfaces boursouflées, blindées d’animations inutiles, qui cherchent juste à capter notre temps de cerveau au lieu d’obéir à ce qu’on leur demande. Bref, j’ai voulu tenter l’inverse complet : rajouter de la friction volontaire, arrêter de subir et reprendre le contrôle de mes machines.


1. Le RER en noir et blanc et la liseuse de survie

Le point de départ, c’est mes trajets de RER. J’ai facilement 1 h 30 de transport par jour. Sur le papier, c’est le moment rêvé pour relire des cours, taffer un projet ou lire de la doc. Dans les faits ? Une catastrophe. Je sortais mon tel pour ouvrir un PDF, je voyais une notif rouge pétante, une couleur flashy, et dix secondes après j’étais bêtement en train de scroller sur un fil d’actualité. Zéro concentration.

Du coup, j’ai testé deux trucs un peu radicaux :

Ralentir le truc, c’est la slow tech appliquée à l’attention : ça crée un vide d’air incroyable. Dans le train, mon esprit arrête d’être bombardé de stimuli. Ça dépend des jours évidemment, mais souvent ça me laisse enfin le temps de réfléchir à un problème d’algo ou juste de digérer un cours sans être interrompu toutes les deux minutes.


2. Le vieux Mac de 2015 qui revit sous Linux

Cette envie de virer le superflu, je me la suis prise en pleine face sur mon ordi portable. En arrivant en cursus info, on réalise vite à quel point les OS grand public nous prennent pour des gosses.

J’avais un MacBook de 2015 qui tournait encore super bien matériellement. Le problème, c’est qu’Apple a décidé que non. J’ai voulu installer une stack mobile récente (Flutter, le SDK Android, etc.), et là, mur complet : OS plus supporté, Xcode qui refuse de s’installer parce qu’il manque un patch mineur, et des heures à bidouiller des scripts douteux pour essayer de contourner un verrouillage 100 % commercial. La machine était encore largement dans les temps niveau perfs : la marque, elle, voulait simplement que j’en rachète une neuve.

J’ai fini par péter un plomb : j’ai rasé le disque et collé une distrib Linux légère. En deux heures, tout tournait nickel. Pas d’artifice, pas de compte iCloud requis, ça compile, point. Alors oui, ça demande de mettre les mains dans le cambouis (et parfois de passer une soirée sur un driver Wi-Fi récalcitrant, je ne vais pas mentir), mais au moins la machine fait ce que je lui demande. En tant que futur dev, je pense que c’est indispensable de comprendre ce qui tourne sous le capot plutôt que d’accepter une mise au rebut artificielle.


3. Faire tourner des petits LLM en local : l’école de la contrainte

Le dernier délire en date, c’est l’IA. En ce moment, tout le monde jette ses lignes de code et ses données perso sur les serveurs de gros modèles cloud sans même y réfléchir deux secondes.

Moi, j’ai voulu faire tourner des petits modèles en local sur ma bécane. Évidemment, ça ne rivalise pas avec les clusters gigantesques des GAFAM, mais l’expérience m’a appris trois trucs majeurs :


En gros…

Mon idée, c’est pas du tout de vivre en ermite dans les bois ou de jouer au hacker du dimanche pour faire genre. C’est juste d’arrêter d’être un pur consommateur passif, exactement comme l’expliquent des mecs comme Ploum.

Le noir et blanc sauve mon attention, Linux sauve mon matos de la poubelle, et bidouiller du self-hosting me fait enfin piger concrètement le réseau et les ressources.

Ça demande un peu de temps, parfois ça plante et ça énerve, mais honnêtement, cette friction-là vaut largement le coup. C’est juste le prix à payer pour avoir un numérique sobre qui ne nous bouffe pas la tête.